Martone Lisalou

Les recherches forestières dans l'espace transatlantique. 
Pratiques, théories, représentations (années 1880 - années 1960)


Thèse pour le doctorat d'histoire
Directeur : Pierre Cornu
Année d'inscription : 2014
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Projet de thèse

     «Forestry takes men far»[1]. Comment comprendre cette phrase énigmatique ? Au travers du projet de recherche présenté, je me propose d'étudier comment, dans un contexte général d''internationalisation des sciences et de circulation des pratiques et du matériel végétal, les idées environnementales en matière d'aménagement forestier ont pris forme et navigué dans les aires géographiques pionnières de la foresterie en zone tempérée, et ainsi influencé les représentations et les pratiques mises en œuvre par les forestiers.

     Ayant pris le parti de considérer l'histoire de la forêt à la fois comme un aspect de l'histoire environnementale et comme un objet d'interrogation des sciences du pilotage du vivant, je ne pouvais confiner mon étude à un pays ou à une bio-région. C'est pourquoi je me propose de retracer les mouvements d'idées qui ont profondément influencé les sciences forestières dans l'aire transatlantique (Europe occidentale - Amérique du Nord, et plus particulièrement France-Canada) entre les années 1880, moment de la prise de conscience des besoins d'une gestion « scientifique » des forêts orientées vers la production, et les années 1960, tournant majeurau cours duquel l'essor de la génétique transplante les sciences forestières du terrain au laboratoire. Ainsi, c'est la période où les sciences forestières sont pour l'essentiel une pratique méthodique de l'espace qui se trouve au cœur de mon questionnement historique.

     La forêt ne fonctionnant nullement comme un isolat dans le paysage rural, il s'agira de travailler sur des terrains ouverts à des usages et à des à acteurs multiples, à la fois dans les « vieux pays » d'agriculture de peuplement d'Europe de l'Ouest, et dans les « pays neufs » d'Amérique du Nord. Pour cela, j'ai pensé étudier les massifs forestiers du Nord-Est français pour la partie européenne, et la forêt des Grands Lacs et de la vallée du Saint-Laurent, qui traverse l’Ontario et s’étend à l’ouest le long de la frontière du Minnesota, pour la partie canadienne. Ces deux régions, composées d'une mosaïque de paysages et d’espèces animales et végétales, partagent leur territoire avec des zones denses de peuplement et d'activités (agriculture, élevage, industrie), et sont à ce titre travaillées par des logiques d'innovation et d'ouverture au marché dans la période considérée. Les chercheurs forestiers ne constituent pas davantage un monde autonome. Il s'agira donc de comprendre leurs rapports à l'espace rural, aux institutions et à la scientificité. C'est tout un système social et environnemental dont il me faudra retracer les évolutions, sur la durée de vie d'un arbre, et sur trois générations au moins de chercheurs.



[1] H.R. Curren, dans une lettre à Bernhard Fernow en 1913, cité par Rogers dans A Story of North American Forestry, 1951, pp.591-592.