Garrote Gabriel

Notables et notabilisation au prisme de l'approche réticulaire et territorialisée (Rhône, 1800-1833)


Thèse pour le doctorat d'histoire
Directrice : Claude-Isabelle Brelot
Année d'inscription : 2009
Contrat doctoral Lyon 2
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Projet de thèse

Les bouleversements engendrés par la Révolution française ayant amené à repenser les catégories de lecture de la structure sociale – en particulier de son sommet –, les historiens du 19e siècle recourent à la notion de ‘‘notable’’ pour désigner les couches dirigeantes, des lendemains de la société d’ordre à l’affirmation d’un monde démocratisé. Les mutations politiques, économiques et sociales du 19e siècle font du notable une figure transitionnelle mouvante, et rendent toute définition globale illusoire. La notabilité est donc le plus souvent abordée au prisme de l’épisode napoléonien ou s’applique dans le cadre d’une démocratie directe formelle, reléguant dans l’ombre la monarchie restaurée. Or, cette dernière conserve les institutions consultatives locales issues de la Révolution et voyant le jour sous le Consulat, au sein desquelles se recrutent les notables. Les Conseils d’arrondissement et de département s’avèrent lieu d’une consécration locale des notables, et moyen – tout relatif – pour le pouvoir de s’attacher ces derniers tout en mettant à profit leur influence et leurs lumières. Depuis leur création le 17 février 1800 et jusqu’au 22 juin 1833, les membres de ces conseils n’ont cessé d’être désignés par le pouvoir en place et ses représentants locaux.

Attendu les modalités de nomination des conseillers, il convient de préciser ce qui aux yeux des régimes les érige en notables et légitime le rôle de relais et de soutien du pouvoir qui leur est dévolu. Dans cette perspective, nous nous intéressons plus particulièrement à l’intermédiarité du notable, et, donc, à son rayonnement et à son emprise, médias d’une régulation des opinions et des idées. Cette intermédiarité est non seulement à penser en terme d’espaces sociaux, mais aussi du point de vue de l’inscription territoriale et de son étendue, la faculté à rayonner étant essentielle. Ce rayonnement peut être propre à l’individu lui-même ou relever du truchement de ses réseaux de sociabilité.

Il s’agit donc également de mettre en lumière le rôle joué par la parentèle et les réseaux de sociabilité, d’en préciser les limites et l’effectivité ; mais aussi de révéler les tensions et fractures qui traversent l’espace des notabilités rhodaniennes aux lendemains de dix ans de bouleversements révolutionnaires.

Ce travail établit les critères de sélections des notables mis en œuvre par les régimes du début du 19e siècle et esquisse les profils des hommes qu’ils s’adjoignent pour affermir leur pouvoir.