Séminaire LER - Samedi 11 février 2017

 

"Tourisme - Paysage"

 


Salle Elise Rivet, ISH, 14 avenue Berthelot, Lyon 7e
10h - 15h

 

Matinée

10-12 h : Photochrome et lithographie au service de la représentation en couleur du paysage (1876-1914) par Jean-Yves Puyo, Pr de Géographie Université de Pau et des pays de l’Adour

Après-midi

13h30-15 h. : « Le tourisme dans le Vercors », par Gilles Della-Vedova, Docteur en histoire (LER) 

 

Résumés

Photochrome et lithographie au service de la représentation en couleur du paysage (1876-1914)
par Jean-Yves Puyo, Pr Université de Pau et des pays de l’Adour

Un photochrome correspond à une épreuve lithographique en couleur et éditée en série, obtenue à partir d’un négatif photographique en noir et blanc (Arqué et al., 2009). Inventé en 1876 par un français, Léon Vidal, ses premières reproductions, dévoilées au grand public à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1878, firent alors grande impression. Toutefois, le procédé fut breveté en 1888 par la société suisse Orell Füssli & Cie qui, en 1893, annonçait dans son catalogue que « ces feuilles artistiques ne le [cédaient] en rien aux aquarelles et [surpassaient] les habituels tableaux à l'huile ». Sa filiale, Photochrom Zurich, devenue P.Z. Photoglob Zurich en 1895, sut par la suite rentabiliser le procédé en cédant les droits d’utilisation à une société nord américaine, la Detroit Photographic Company, future Detroit Publishing Company.

Le procédé combinait « l’exactitude des négatifs photographiques avec l’apport des couleurs lithographiques » (Arqué, ibid.), rajoutées à la main et pouvant mobiliser de 4 à 14 couleurs différentes. 

Leur succès fut immédiat, le grand public tombant sous le charme de leur fraicheur, naïveté et réalisme. Par la suite, l’invention en 1907 du premier procédé industriel commercialisé de photographie couleur, l’autochrome, provoqua un déclin express de la production de masse de photochromes à la veille de la Première Guerre mondiale.

Près de 30 000 photochromes ont été inventoriés par Photoglob, faisant la part belle aux monuments, au pittoresque (les sociétés «indigènes») mais aussi aux paysages. Aussi, notre communication se propose-t-elle de participer, modestement, à la redécouverte de ce procédé en mobilisant plus particulièrement deux sources : d’une part, la Library of congress offre en accès libre à la consultation plus de 6300 photochromes, correspondant principalement au catalogue de la Detroit Publishing Company, principal éditeur de ce type de productions. D’autre part, nous nous intéresserons aux productions éditées par une petite société plus «artisanale», à savoir les photochromes édités par la société parisienne L. Boulanger, dans les années 1890. Publiée sous le titre Autour du Monde aquarelles, souvenirs des voyages, cette collection se présente sous forme de fascicules thématiques (format à l’italienne), rassemblant chacun 8 photochromes reproduits sous forme de lithographie : Suisse, mœurs et sites pittoresques - Birmanie, sites et paysages La Mer rouge, sites & types d’indigènes Espagne, paysages & monuments etc.

Dans le cadre de ce séminaire sur le paysage, nous avons choisi deux principaux espaces géographiques : les photochromes se consacrant aux montagnes européennes, ainsi que les paysages et vues ayant pour cadre l’Espagne. Nous essayerons d’apporter quelques premiers éléments de réponse aux deux interrogations suivantes ; qui sont les auteurs des photographies n&b par la suite colorisées ? Quelles sont les influences croisées que l’on peut relever entre ces photochromes et leurs représentations graphiques contemporaines (gravures, tableaux, cartes postales)? Entre autres questions que nous nous proposons d’aborder. 

 

« Le tourisme dans le Vercors »
par Gilles Della-Vedova, Docteur en histoire, LER

La réflexion proposée s'inscrit dans le prolongement du travail de doctorat. Elle s'appuie délibérément sur le premier terrain d'étude du Vercors mais dans une démarche comparatiste et elle fait l'hypothèse que le "système touristique" (L. Tissot) est un biais fécond pour questionner l'objet rural au 20e siècle particulièrement dans les espaces de montagne.

Le tourisme est au cœur de plusieurs problématiques en histoire. Les unes sont économiques et analysent les activités qui permettent la croissance. Le tourisme est présenté par les contemporains comme une industrie et il est une composante d'un premier aménagement du territoire (Ph. Veitl). D'autres questions sont culturelles et touchent aux représentations à travers l'étude des guides. L'approche est également sociale dans la mesure où des groupes organisés ont aussi pu faire l'objet d'études (D. Lejeune). Toutefois, les acteurs locaux demeurent encore un angle d'approche trop peu abordé. Les travaux des historiens sont à combiner avec ceux des géographes (A. Simon) ou des anthropologues (J.-D. Urbain).

Il s'agira donc d'observer que les espaces de montagnes sont de nouveaux territoires pour l'étude des mondes ruraux contemporains. S'agit-il d'une périphérie, voire un front pionnier, au sein d'une nébuleuse dont Grenoble serait le centre ? Le tourisme entraîne-t-il une nouvelle géographie ? Quelle chronologie établir ? Ma proposition est qu'en faisant débuter le tourisme seulement à partir des années 1920, l'historiographie fait beau jeu d'un premier système touristique. En procédant à ce déplacement, il ne s'agit en rien d'une quête des origines mais de redonner toutes leur place aux sociétés locales comme acteurs du développement. À cette fin, les matériaux de l'histoire sociale fine sont convoqués. Adjoints à des sources narratives, la méthode permet d'apercevoir des stratégies, des contournements et des combinaisons.

Une présentation à grands traits d'un siècle de tourisme dans le Vercors permettra de proposer des pistes, de formuler des hypothèses mais surtout de nourrir le débat.